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Un abbé (du grec abba, du latin abbas, « père » ; de l'araméen abba, « le père ») est un religieux qui est placé à la tête d'une abbaye après élection. (Le féminin d'abbé est "abbesse").

Abbé = prêtreModifier

Pour saluer un membre du clergé séculier, on utilise l'expression Monsieur l'abbé (sauf quand il s'agit du curé : "Monsieur le Curé") qui a parfois évolué en Père (appellation normalement réservée au clergé régulier) ; à présent beaucoup préfèrent tout simplement se faire appeler par leur prénom.

Père abbé dans un monastèreModifier

Du haut de sa cathèdre l'abbé dirige un monastère.

Saint Marc et saint Paul appliquent le nom d'Abba à Dieu, les moines l'ont donné à ceux d'entre eux qu'ils considéraient comme des maîtres spirituels.

La signification du mot Abbé au fil du tempsModifier

Aux origines du monachismeModifier

Dès les origines du monachisme au 4e siècle en Égypte, on rencontrait deux types d'abbés. Dans le désert vivaient de saints hommes, qui se faisaient remarquer par leurs vertus. On leur demandait conseil. Cassien, qui fonda plus tard le monastère de Saint-Victor de Marseille, sut en profiter : ses Conférences qui sont des exposés de doctrine mis dans la bouche de ces abbés sont restées la base de la formation monastique. Quelques disciples choisissaient librement l'abbé sous la direction duquel ils vivaient; leur groupe se disloquait à la mort du maître spirituel.

A la même époque, Pacôme organisa en Égypte de grands monastères où l'abbé faisait régner une discipline qui sous son successeur Schenoudi alla jusqu'à la brutalité. Ces abbés donnaient un enseignement spirituel, mais les rapports avec leurs moines n'avaient pas la familiarité simple, chère au désert. Une communauté un peu importante doit avoir une église, des habitations, des bâtiments annexes, une exploitation agricole; l'abbé ne peut négliger l'administration. La stabilité de l'instruction exige que l'abbé qui disparaît soit remplacé aussitôt. Certains abbés désignèrent leurs successeurs, d'autres abbés furent nommés par l'évêque ou par un prince, la règle de saint Benoît prescrivit que l'abbé serait élu par la communauté des moines, sans entrer dans le détail des modalités.

Alors qu'en Orient le nom d'abbé fut de moins en moins employé et considéré comme un titre d'honneur (les chefs de monastère étaient higoumènes ou archimandrites), en Occident la règle de saint Benoît donna à l'abbé une place essentielle : « On l'appelle Seigneur et abbé parce qu'il tient la place du Christ; ce n'est pas pour le glorifier, mais par honneur pour le Christ et par amour pour lui. » Cette belle définition resta un idéal, que les spirituels de tous les temps essayèrent de réaliser, alors que des forces contraires s'employaient à la vider de son contenu.

Au Moyen-ÂgeModifier

Les rois francs et surtout Charles Martel donnèrent à leurs fidèles les abbayes, devenues de riches exploitations. On eut ainsi des abbés laïques que les réformateurs tentèrent de supprimer sous Charlemagne et sous Louis le Pieux, mais qui reparurent avec la féodalité. À partir du milieu du 10e siècle, les réformateurs s'efforcèrent de rendre aux monastères le pouvoir d'élire les abbés réguliers. Ils y parvinrent. Ces abbés devinrent de très puissants personnages qui gouvernaient non pas une seule abbaye mais un ensemble de monastères groupés sous leur autorité en ordre ou congrégation. L'abbé de Cluny fut le plus puissant d'entre eux. De tels abbés obtinrent de Rome des privilèges d'exemption pour se soustraire à la juridiction des évêques, dont ils revendiquèrent certaines prérogatives, l'usage de certains ornements pontificaux et le droit d'assister aux conciles. La réaction du 12e siècle se fit dans le sens de la simplicité. Les ordres érémitiques comme les Chartreux ne donnèrent à leur supérieur ni le titre d'abbé, ni les honneurs qui l'accompagnaient; les nouveaux ordres monastiques comme les Cisterciens mirent à la tête de chacun de leurs monastères de dimensions modestes un abbé tenu à mener une vie simple et proche de ses moines.

Après le XIVème siècleModifier

Au 14e siècle, les papes d'Avignon revendiquèrent la domination des abbés dans des cas de plus en plus nombreux. Les moines étaient ainsi privés de leur droit d'élire leur abbé et très souvent ils devaient subir la présence à leur tête d'un dignitaire ecclésiastique étranger à leur ordre. Cette situation s'aggrava quand, par le concordat de Bologne en 1516, le pape abandonna au roi de France la nomination à toutes les abbayes du royaume. Les résistances des moines furent inutiles, presque toutes les abbayes tombèrent en commende. Le mouvement réformateur du début du 17e siècle entérina cet état de fait; pour limiter ces inconvénients, on partagea les revenus des abbayes de sorte que les moines, soumis à un prieur, vivaient de la mense conventuelle pendant que l'abbé jouissait de la mense abbatiale sans pouvoir intervenir dans les affaires des moines. Sans rien suivre des prescriptions de saint Benoît, les abbés commendataires portaient volontiers le titre d'abbé et l'emploi de ce titre se généralisa abusivement. Au 18e siècle, le Dictionnaire de Rochefort déclarait : « Abbé se dit aujourd'hui, surtout parmi le peuple, de qui que ce soit qui porte l'habit ecclésiastique. On fait aujourd'hui très bon marché de la qualité d'abbé, les moindres ecclésiastiques se l'attribuent, et même ceux qui n'ont aucun bénéfice, ni espérance d'en avoir. C'est un fantôme de vanité insupportable. » Cependant, les auteurs du Dictionnaire de Trévoux crurent devoir, après l'avoir reproduit, atténuer ce jugement : « On peut dire que l'usage a prévalu et que ce n'est qu'un terme de civilité de la part de ceux qui le donnent et nullement une preuve ou un effet de la vanité de ceux à qui on le donne. »

La Révolution supprima tous les bénéfices ecclésiastiques, mais l'expression « Monsieur l'abbé », toujours vide de sens, se maintint. Les restaurateurs du monachisme au 19e siècle revinrent à la conception de l'abbé selon la règle de saint Benoît et reprirent sans contestation le titre d'abbé, puisqu'il n'y avait plus de commende à craindre. Pour éviter la confusion possible avec le titre usuel de Monsieur l'abbé, on employa pour les chefs des monastères l'expression « père abbé » sans se soucier du pléonasme puisque abbé signifie père.

Les communautés de chanoines réguliers furent elles aussi gouvernées par des abbés. Dans le haut Moyen-Âge, on appelait abbés des prêtres placés à la tête d'églises pourvues d'un nombreux clergé.

En un temps où les abbés étaient nombreux et ne jouissaient pas tous des mêmes privilèges, on distinguait les « abbés mitrés », qui avaient le droit de porter la mitre et certains insignes pontificaux, sans cependant jouir des prérogatives essentielles des évêques. Actuellement, tous les abbés ont le droit de porter la mitre.

L'expression populaire « avoir rang d'évêque » est vicieuse, fondée sur des apparences qui ne tiennent pas compte des différences fondamentales du pouvoir d'ordre. Certains abbés reçoivent l'ordination épiscopale, par exemple celui de Saint Maurice en Suisse. Ils n'ont pas « rang d'évêque » , mais sont évêques. Les abbés nullius (sous entendu dioecesis) ont juridiction sur un territoire indépendant de tout évêque, mais ils n'ont que rarement le caractère épiscopal.

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