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Saint Clément de Rome ou Clément Ier, martyr, père de l'Église est le quatrième pape, de 88 à 97 (dates incertaines : Eusèbe de Césarée situait son pontificat de 92 à 101) et le troisième successeur de Pierre. Il est compté parmi les Pères apostoliques.

Il est l'auteur d'une Lettre aux Corinthiens écrite dans les dernières années avant la fin du premier siècle. Il est fêté le 23 novembre.

VieModifier

On disait de lui qu'il avait connu les apôtres (d'après saint Irénée, Adversus Haereses 3,3 - Origène et d'autres Pères de l'Eglise l'identifient au compagnon de saint Paul en Ph 4,3). Il pourrait aussi être le Clément nommé dans le Pasteur d'Hermas en tant que rédacteur officiel de la correspondance de l'Eglise romaine. Il est par contre abusif de l'identifier avec le consul Titus Flavius Clemens, cousin de l'empereur Domitien, exécuté en 95 ou en 96 pour "athéisme" (c'est-à-dire conversion au christianisme ou au judaïsme) ; Clément devait cependant être un affranchi de la maison de ce Flavius Clemens.

D'après Tertullien, saint Irénée de Lyon et Eusèbe de Césarée, saint Clément de Rome fut confirmé par Épiphane, consacré par Pierre. Il ne prit le pontificat qu'après Lin et Anaclet.

On connaît surtout de lui son Épître aux Corinthiens, écrite vers 96 pour apaiser le conflit des factions à Corinthe. Cette épître est un important témoin de l'autorité naissante de l'Église de Rome, ainsi que de l'importance déjà accordée à la succession épiscopale en partant des apôtres.

Il fut probablement martyrisé sous Trajan (le pape Télesphore (mort en 136), puis Rufin et le pape Zosime le relatent). On possède des actes de son martyre du Ve siècle qui indiquent que Clément aurait été déporté dans les mines de Chéronèse Taurique (Crimée). Là, comme il prêchait aux prisonniers, on lui aurait attaché une ancre au cou avant de le précipiter dans la mer.

Œuvre : l'Épître aux Corinthiens Modifier

L'Épître de Clément aux Corinthiens est un des plus anciens textes chrétiens non bibliques. Écrite entre 80 et 140, elle est généralement datée de 96.

Le ton témoigne du fait que l'église de Rome s'adresse à celle de Corinthe en se sentant investie d'une autorité particulière, empreinte de sollicitude : « S'il y en a qui résistent aux paroles que Dieu leur adresse par notre intermédiaire, qu'ils sachent qu'ils s'exposent à des fautes et des périls qui ne sont pas petits. » (1 Clem 59,1). Clément dit leur envoyer trois « hommes fidèles et sages qui ont toujours vécu sans reproche au milieu de nous depuis la jeunesse jusqu'à la vieillesse : ils seront témoins entre vous et nous ». Il dit en outre leur avoir déjà écrit.

En sus de longues citations de l'Ancien Testament, la lettre cite des écrits pauliniens et la Première épître de Pierre.

Voir l'article : Épître de Clément aux Corinthiens Voir aussi : L'épître de saint Clément de Rome aux Corinthiens

Apocryphes attribués à Clément de Rome Modifier

Le sermon connu sous le nom de seconde épître de Clément, jointe à la première dans les manuscrits, n'est pas de lui, il fut sans doute prononcé à Alexandrie ou à Corinthe vers 150. « Ne paraissons pas croyants et attentifs seulement à l'instant où les presbytres nous exhortent; mais quand nous sommes rentrés chez nous, souvenons-nous des commandements du Seigneur. » Le Christ y est appelé homme et Dieu. La première Église spirituelle fut créée avant le soleil à la lune, quiconque corrompt la copie ne peut participer à l'original : « Respectez la chair afin d'avoir part à l'Esprit », c'est-à-dire respectez l'Église pour avoir part au Christ. Le sermon rappelle encore que « L'aumône allège le péché » et que l'Église mère nous appose le sceau inviolé du baptême. Il fait allusion à la paenitentio secunda (remise des péchés après le baptême).

Traditionnellement attribuées à Clément de Rome, mais datant du troisième siècle, les deux lettres adressées aux vierges ne sont pas davantage de lui, et forment en fait un seul ouvrage : La continence est œuvre divine, vie surnaturelle, « vie des anges ». Ainsi revêtant le Christ, nous obtenons la place la plus haute dans le Ciel. Mais la virginité ne garantit pas la vie éternelle sans la charité. Les deux lettres condamnent la cohabitation des ascètes des deux sexes.

Les Homiliae ou Recognitiones clémentines datent du IIIe s. ; on a aussi estimé qu'il était le rédacteur des Constitutions apostoliques, recueil de textes canoniques daté du IVe s.

Citations Modifier

  • « Ayons d'humbles sentiments, mes frères, rejetons tous les sentiments de jactance, d'orgueil, de folie et de colère, et agissons selon l'Écriture. » (1 Clem XIII, 1)
  • « L'impudence, la présomption, l'audace appartiennent aux maudits de Dieu ; la discrétion, l'humilité, la douceur, à ceux qu'il a bénis. » (XXX, 8)
  • « Nos Apôtres aussi ont su qu'il y aurait des contestations au sujet de la dignité de l'épiscopat; c'est pourquoi, sachant très bien ce qui allait advenir, ils instituèrent les ministres que nous avons dit et posèrent ensuite la règle qu'à leur mort d'autres hommes éprouvés succéderaient à leurs fonctions. » (XLIV, 1-2)

Enseignement de Benoît XVI Modifier

Lors de l'audience générale du 7 mars 2006, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à son prédécesseur saint Clément Ier, à son temps et à son œuvre. Il a notamment déclaré :

"Saint Clément, évêque de Rome au cours des dernières années du premier siècle, est le troisième successeur de Pierre, après Lin et Anaclet. A propos de sa vie, le témoignage le plus important est celui de saint Irénée, évêque de Lyon jusqu'en 202. Il atteste que Clément « avait vu les Apôtres », « les avait rencontrés », et avait « encore dans les oreilles leur prédication, et devant les yeux leur tradition » (Adv. haer. 3, 3, 3). Des témoignages tardifs, entre le quatrième et le sixième siècle, attribuent à Clément le titre de martyr."

"L'autorité et le prestige de cet évêque de Rome étaient tels, que divers écrits lui furent attribués, mais son unique œuvre certaine est la Lettre aux Corinthiens. Eusèbe de Césarée, le grand « archiviste » des origines chrétiennes, la présente en ces termes : « Une lettre de Clément reconnue comme authentique, grande et admirable nous a été transmise. Elle fut écrite par lui, de la part de l'Eglise de Rome, à l'Eglise de Corinthe... Nous savons que depuis longtemps, et encore de nos jours, celle-ci est lue publiquement au cours de la réunion des fidèles » (Hist. Eccles. 3, 16). On attribuait à cette lettre un caractère presque canonique. Au début de ce texte – écrit en grec – Clément regrette que « les adversités imprévues, qui ont eu lieu l'une après l'autre » (1, 1), l’aient empêché d’intervenir plus rapidement. Ces « adversités » doivent être comprises comme la persécution de Domitien : c'est pourquoi la date de rédaction de la lettre doit remonter à une époque immédiatement successive à la mort de l'empereur et à la fin de la persécution, c'est-à-dire tout de suite après 96."

"L'intervention de Clément – nous sommes encore au Ier siècle – était rendue nécessaire par les graves problèmes face auxquels se trouvait l'Eglise de Corinthe : en effet, les prêtres des communautés avaient été déposés par plusieurs jeunes contestataires. Cet événement douloureux est rappelé, encore une fois, par saint Irénée, qui écrit : « Sous Clément, une opposition importante étant apparue parmi les frères de Corinthe, l'Eglise de Rome envoya aux Corinthiens une lettre très importante pour qu'ils se réconcilient dans la paix, qu'ils renouvellent leur foi et annoncent la tradition, qu'ils avaient reçue des Apôtres depuis peu de temps » (Adv. haer. 3, 3, 3). Nous pourrions donc dire que cette lettre constitue un premier exercice du Primat romain après la mort de saint Pierre. La lettre de Clément reprend des thèmes chers à saint Paul, qui avait écrit deux longues lettres aux Corinthiens, en particulier la dialectique théologique, éternellement actuelle, entre l'indicatif du salut et l'impératif de l'engagement moral. Il y a tout d'abord l'heureuse annonce de la grâce qui sauve. Le Seigneur nous prévient et nous donne le pardon, il nous donne son amour, la grâce d'être chrétiens, ses frères et sœurs. C'est une annonce qui remplit notre vie de joie et qui donne de l'assurance à notre action : le Seigneur nous prévient toujours avec sa bonté et la bonté du Seigneur est toujours plus grande que tous nos péchés. Il faut cependant que nous nous engagions de manière cohérente avec le don reçu et que nous répondions à l'annonce de salut par un chemin généreux et courageux de conversion. Par rapport au modèle paulinien, la nouveauté est que Clément fait suivre la partie doctrinale et la partie pratique, qui étaient constitutives de toutes les lettres pauliniennes, par une « grande prière » qui conclut pratiquement la lettre."

Culte Modifier

Saint Clément Ier est fêté le 23 novembre en Occident et le 24 ou le 25 dans les Eglises de rites orientaux.

Ses reliques furent ramenées de Crimée à Rome par saints Cyrille et Méthode au IXe siècle. Elles sont vénérées dans l'église Saint-Clément, près du Colisée de Rome. Cette église a, semble-t-il, été érigée sur le site même de la maison de Clément à Rome.


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