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Son nom complet est Charles Ferdinand Marie Dieudonné mais Henri V (1820-1883), duc de Bordeaux, est plus souvent appelé comte de Chambord.

L’enfant du miracle Modifier

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Tout est romanesque dans la vie de ce prince : les conditions de sa naissance (« l’enfant du miracle » selon Lamartine, "Il est né l'enfant du miracle ! Héritier du sang d'un martyr, Il est né d'un tardif oracle, Il est né d'un dernier soupir !" venu au monde sept mois après l’assassinat de son père), l’épopée de sa mère, la duchesse de Berry, son refus enfin de la couronne proposée (Affaire du drapeau blanc, cf. le manifeste du 5 juillet 1871).

Né le 29 Septembre 1820 au Palais des Tuileries (Paris) de Marie- Caroline de Bourbon- Siciles (1798-1870) et du Prince Charles Ferdinand d’Artois, le jeune Henri ne connut pas son père dont il était le deuxième enfant.

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Fils cadet de Louis XVIII de Bourbon et Roy de France, Charles Ferdinand d’Artois, Duc de Berry (né en 1778), fut brutalement assassiné dans la nuit du 13 au 14 Février 1820 par l’ouvrier Louvel. Son épouse, Marie- Caroline de Bourbon- Siciles, alors enceinte devait accoucher, le 29 Septembre suivant, dans des conditions difficiles du fils de Charles Ferdinand, Henri Dieudonné, futur Comte de Chambord. Afin d’honorer la première ville qui s’était rallié à lui en 1814, Louis XVIII lui octroya le titre de Duc de Bordeaux.

Sa naissance accrut la popularité du la dynastie dans un pays tourmenté par les divisions politiques, partagé entre partisans des Duc d’Orléans, des Républicains et ceux du Bonapartisme, nostalgique du Premier Empire.

La révolution de 1830Modifier

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Henri Dieudonné grandit dans l’insouciance de son enfance loin des turpitudes de la politique française. Pourtant tout autour de lui vacillait les difficiles acquis de la restauration de 1814, la monarchie également. Charles X de Bourbon qui régnait alors sur la France depuis le, date de la mort de Louis XVIII, était un Roi intransigeant, marqué par le traumatisme de la Révolution française qui avait amené à l’échafaud son frère Louis XVI. Des mesures sévères votées et impopulaires, le conservatisme affiché du Roi et la dégradation des conditions sociales ternirent l’image de la monarchie. C’est dans une atmosphère de complots avérés qu’éclata la révolution de 1830 ou des Trois glorieuses.

Un prince royalModifier

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La famille royale part en exil en Angleterre malgré les protestations de la Duchesse de Berry qui n’a de cesse de se montrer en tenue d’homme, pistolets autour de la taille. Le Duc d’Angoulême, dauphin du trône est aux côtés de son épouse Marie- Thérèse (1778-1851), la fille survivante de Louis XVI et Marie-Antoinette. Autant dire que le Duc de Bordeaux baigne dans l’atmosphère d’une époque révolue. Sa mère est débordante d’énergie et souhaite restaurer son beau- père Charles X. Entrée par mariage dans la famille royale en 1816, elle est Princesse de Naples. Lors des événements de Juillet 1830, la Duchesse de Berry annonce à Charles X qu’elle va se présenter à la Chambre avec son fils sous le bras pour le faire reconnaître comme Roi de France. Charles X aura toutes les peines du monde à la faire renoncer à ce projet. Pis en exil, lorsqu’elle évoque qu’elle va rentrer en France soulever la Vendée et la Bretagne contre le Roi des Français, le vieux souverain acceptera de cautionner cette aventure que du bout des lèvres.

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Elle confie alors l’éducation de son fils à la Duchesse de Gontaud avant que celui-ci passe sous l’autorité d’un gouverneur à l’âge de 6 ans (pas moins de 3 entre 1826 et 1830) et part soulever les deux régions de France, traditionnellement considérées comme monarchistes et de se faire proclamer régente. Elle arrive à Modène au Printemps 1832, seul Duché à ne pas avoir reconnu Louis- Philipe Ier. Ce dernier a eu vent de l’arrivée de la Duchesse et la fait suivre par ses agents. Le 28 Avril, Marie-Caroline débarque à Marseille et tente de s’en emparer. Le complot échoue avant même de commencer. Loin de s’avouer battue, elle gagne la Vendée le 18 Mai et réunit autour d’elle pas moins de 20 000 combattants, y compris des carlistes espagnols. On est loin du soulèvement général attendu. Des escarmouches, attaques de châteaux, quelques combats qui poussent la Duchesse et les restes de son Armée Catholique et Royale à se réfugier à Nantes le 9 Juin. Ce n’est que le 6 Novembre 1832 que la Duchesse de Berry est découverte, cachée, derrière une cheminée d’une maison de Nantes. Prisonnière, on découvre la Duchesse de Berry enceinte du Comte Lucchesi-Palli à qui elle donnera naissance d’une fille en Mai 1833.

En Juin 1833, elle est renvoyée à Palerme, Charles X ne souhaite plus la voir. La Duchesse de Berry va alors entrer en conflit avec Charles X au sujet de l’éducation du Duc de Bordeaux qui devient l’objet d’attention du mouvement légitimiste.

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Un mouvement qui au final n’a pas souffert autant que cela de l’échec de la Duchesse de Berry. Si de nombreuses délégations font le siège pour saluer le Duc de Bordeaux, aux élections de 1834, ce sont 29 députés qui font leur entrée au Parlement (contre 2 en 1831). On se dispute le leadership de la cause qui se divise entre carlistes (partisans de Charles X) et Henriquinquinistes. L’espoir d’une restauration s’éloigne.

A la mort de Charles X, c’est son fils Louis d’Angoulême qui assure la continuité dynastique. Personne ne proteste pas plus que le Duc de Bordeaux, sous la coupe de sa tante et qui ne fait pas preuve de velléité d’indépendance. Le mouvement légitimiste prend d’ailleurs fait et cause pour celui qui sera désormais connu sous le nom de Comte de Marne. Henri Duc de Bordeaux continue son éducation, celle qui sied à un Prince de son époque. Escrime, séance de tir au pistolet , équitation (un accident le 28 Juillet 1841 le rendra boiteux) et matières scolaires (il parlera l’allemand, l’italien et l’anglais couramment)... Henri V rencontrera régulièrement sa mère qui vit désormais en Italie où elle y meurt le 16 Avril 1870.

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Le comte de Chambord (titre définitif qu’il adopte en 1839) reste cependant sans activité politique officielle (entre 1840 et 1843, il voyage en Europe, suit les manœuvres militaires avec l’Autriche avec intérêt..) et doit attendre seulement à partir du 3 juin 1844, date de la mort de son oncle, Louis XIX, pour enfin prendre possession de son héritage. Il publie à cette effet un premier manifeste :

«Devenu, par la mort du comte de Marnes, chef de la maison de Bourbon, je regarde comme un devoir de protester contre le changement qui a été introduit dans l'ordre légitime de succession à la couronne et de déclarer que je ne renoncerai jamais aux droits que, d'après les lois françaises, je tiens de ma naissance. Ces droits sont liés à de grands devoirs qu'avec la grâce de Dieu, je saurai remplir ; toutefois je ne veux les exercer que lorsque, dans ma conviction, la Providence m'appellera à être véritablement utile à la France. Jusqu'à cette époque, mon intention est de ne prendre dans l'exil où je suis forcé de vivre que le nom de comte de Chambord ; c'est celui que j'ai adopté en sortant de France. »

Il s’installe avec la cour en exil à Frohsdorf, en Autriche et épouse en la Princesse Marie- Thérèse de Habsbourg- Modène (1817-1886).

Lorsque la révolution de 1848 éclate en France, le Comte de Chambord est surpris mais en manifeste aucune joie à la chute de Louis- Philippe Ier. Il n’apprécie guère non plus les révolutions nationalistes qui éclatent en Hongrie et voit en ces événements la nécessité d’agir en faveur du redressement national. Ses partisans s’impatientent et l’accusent d’inaction (les élections d’Avril avaient envoyé à l’Assemblée 200 députés légitimistes puis celle du 13 Mai 1849, réunis sous les couleurs du Parti de l’ordre, 450 députés orléanistes et légitimistes). Pour autant, il ne rentrera pas à Paris et c’est un autre Prince, Louis- Napoléon Bonaparte qui profite du vide politique pour s’imposer sur la scène politique française, en se faisant d’abord élire Président d’une République éphémère puis Empereur le 2 Décembre 1851 (le Comte de Chambord jugea d’ailleurs cet événement comme étant éphémère).

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Le 25 Octobre 1852, il affirme son rejet de l’Empire et appelle à la restauration de la monarchie :

« Le génie et la gloire de Napoléon n'ont pu suffire à fonder rien de stable ; son nom et son souvenir y suffiraient bien moins encore. On ne rétablit pas la sécurité en ébranlant le principe sur lequel repose le trône […]. La monarchie en France, c'est la maison royale de France indissolublement unie à la nation. [...] Je maintiens donc mon droit qui est le plus sûr garant des vôtres, et, prenant Dieu à témoin, je déclare à la France et au monde que, fidèle aux lois du royaume et aux traditions de mes aïeux, je conserverai religieusement jusqu'à mon dernier soupir le dépôt de la monarchie héréditaire dont la Providence m'a confié la garde, et qui est l'unique port de salut où, après tant d'orages, cette France, objet de tout mon amour, pourra retrouver enfin le repos et le bonheur.»

Henri V candidat des légitimistes, Louis- Philippe Ier (puis à son décès le 26 Août 1850 son petit- fils Philippe VII, Comte de Paris) reste celui des orléanistes. Les monarchistes sont plus que divisés. Et cette division a fait le jeu des bonapartistes. Le Comte de Chambord a-t-il compris l’importance d’une réconciliation lorsqu’il ordonne que sa cour prenne le deuil du Roi Louis Philippe Ier ? On en discute dans les deux familles. La Reine Marie-Amélie de Bourbon- Siciles et son fils, le Duc de Nemours souhaitent cette réconciliation, le Prince de Joinville et le Duc Montpensier restent neutres à défaut du Duc D’Aumale fervent partisan de la monarchie tricolore. Enfin, comme la Duchesse de Berry avant elle, la Duchesse Hélène d’Orléans entend se battre pour que son fils, Philippe Comte de Paris soit mis sur le trône. Malgré des rencontres (comme celle d’Avril 1856 entre Marie Amélie et Henri V) entre les deux branches, chacun reste sur ses positions et ce jusque dans la sémantique. Les Orléans parlent de fusion réconciliation alors que chez les légitimistes on lui préfère le mot fusion.

Le Comte de Chambord s’organise, crée un conseil de 5 membres censé diriger le mouvement légitimistes jusqu’ici laissés aux seuls leaders parlementaires. Ce conseil ne brillera pas par ses actions. L’Italie de 1860 vit des soubresauts qui inquiètent le Comte de Chambord. Louise, Duchesse de Parme est emportée par les armées de Garibaldi et elle se battra pour préserver les droits de son fils Robert. Pis, l’invasion de Rome en 1859 a profondément choqué ce catholique. Des centaines de royalistes français se précipitent vainement au secours du Saint Siège. Et quand il ne s’occupe pas de politique, flirte avec les idées socialistes comme dans cette lettre du 20 Avril 1865 où il appelle les ouvriers à s’associer « pour la défense de leurs intérêts communs.» ou voyage comme en 1861 en terre sainte.

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A la chute du Second Empire en Septembre 1870, le Comte de Chambord écrit au Roi de Prusse Guillaume Ier de Hohenzollern et lui signifie qu’il est prêt « (..) à remplir la mission qu’un devoir sacré lui impose ». En une lettre, le Comte de Chambord se propose de remonter sur le trône afin de garantir l’unité du pays qui sombre dans la guerre civile et voit l’avènement de la IIIième République. Le futur Empereur d’Allemagne ne répondra pas. Tout n’est pas perdu pour autant. Si la République a été effectivement proclamée, le Parlement est à majorité royaliste (396 députés (214 orléanistes et 182 légitimistes) face à 240 Républicains. Mais nul ne songe à proclamer la monarchie. D’ailleurs le pacte de Bordeaux signé par les partis politiques en présence le 10 Mars précise que le régime politique sera défini dès la réorganisation du pays effectuée.

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Les lois d’exil abolies le 8 Juin 1871 (celles de 1832 qui bannissait sa famille puis celle en 1848), il réside à Chambord sous le nom de Comte de Mercoeur. Il publie le 8 Juillet suivant, un manifeste où il proclame son attachement au drapeau blanc d’Henri IV (manifeste publié dans l’organe légitimiste, l’Union) et fort de sa légitimité refuse de rencontrer le Comte de Paris. Certains légitimistes avaient tenté de dissuader le Prince de proclamer ce manifeste en essayant de lui faire adopter le principe d’un drapeau tricolore orné d’une fleur de lys. Henri V peut compter sur le soutien de quelques 80 députés légitimistes surnommés les « chevaux- légers ». Le 25 Septembre 1872, il publie encore un manifeste et affirme qu’il ne serait « devenir le roi légitime de la révolution ». Tout est dit. Si monarchie il y’a, elle se fera avec lui et le drapeau blanc.

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« Je ne puis oublier que le droit monarchique est le patrimoine de la nation, ni décliner les devoirs qu'il m'impose envers elle. Ces devoirs, je les remplirai, croyez-en ma parole d'honnête homme et de roi. […...] Je suis prêt à tout pour relever mon pays de ses ruines et à reprendre son rang dans le monde ; le seul sacrifice que je ne puis lui faire, c'est celui de mon honneur. […] je ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard d'Henri IV, de François Ier et de Jeanne d'Arc. […] Je l'ai reçu comme un dépôt sacré du vieux roi mon aïeul, mourant en exil ; il a toujours été pour moi inséparable du souvenir de la patrie absente ; il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe. »

On reparle alors de fusion entre les deux idéologies monarchistes. L’avocat et journaliste Adolphe Thiers (1797-1877) qui a contribué à la proclamation de la monarchie de Juillet avant de rallier le parti républicain en 1850 a été élu Président de la République le 31 Août 1871. L’homme est controversé. Il traite avec les monarchistes et les républicains en même temps. Il irrite les partis politiques. La majorité monarchiste fait tomber son gouvernement le 24 Mai 1873 et c’est le Maréchal Patrice de Mac Mahon (1808-1893) qui est élu avec 391 voix contre 1 et 300 abstentions. C’est un légitimiste convaincu qui s’est entendu avec le leader des royalistes au Parlement (le Duc Albert de Broglie) pour restaurer la monarchie

Une tentative inaboutie de restaurer la monarchieModifier

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L’affaire de la réconciliation est d’autant plus importante que le Comte de Chambord est sans enfants. Les Orléanistes acceptent le principe d’une restauration en faveur d’Henri V à la seule condition que le Comte de Paris lui succède par la suite.

La visite de Philippe d'Orléans comte de Paris (1838-1894), petit-fils de Louis-Philippe, à Frohsdorf (Autriche) le 5 août 1873 au le comte de Chambord va permettre cette réconciliation attendue. Philippe d’Orléans salue en le Comte de Chambord le « seul représentant du principe monarchique ». Seul reste non résolu le problème du drapeau blanc.

Et sur ce point le Comte de Chambord reste intransigeant. Malgré la médiation le 14 Octobre du député des Basses-Pyrénées Charles Chesnelong, Henri V refuse de transiger sur ce principe et le confirme le 27 Octobre par une lettre qui sera publiée dans « L’Union » 3 jours plus tard. Cette publication met fin brutalement à tout espoir de la restauration de la monarchie. Constatant que la crispation relative à l'Affaire du drapeau blanc rendait moins proche la restauration monarchique, l'assemblée vota dans la nuit du 20 Novembre 1873 une disposition prévoyant que le mandat du Président de la République (même si la République n'était alors envisagée que comme un régime temporaire) serait de sept ans .Cette, prolongation des pouvoirs de Mac- Mahon devait, aux yeux des monarchistes majoritaires à la chambre ,permettre d'attendre la mort du comte de Chambord et l’avènement de son cousin Philippe d'Orléans, Comte de Paris, plus prompte à accepter le drapeau tricolore.

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Ulcéré, le Maréchal de Mac –Mahon refusa de recevoir le Comte de Chambord en Décembre qui était installé à Versailles depuis le 9 Novembre 1873. Le gouvernement d’Albert de Broglie devait tomber le 16 Mai 1874. L’amendement Wallon acheva de mettre en place les institutions républicaines le 29 Janvier 1875.

Le 5 Janvier 1879, les Républicains obtiennent la majorité parlementaire. Mac- Mahon démissionnera, désavoué, le 30 Janvier 1879.

Une douloureuse mort en exilModifier

En juin 1883, le comte de Chambord est atteint d'une maladie des voies digestives dont il meurt le 24 Août 1883 en exil dans son château de Frohsdorf (Autriche). Mort sans héritier, une partie des légitimistes se rallièrent au Comte de Montizon et prétendant carliste, Jean III (Bourbon), reconnu par la Comtesse de Chambord. La querelle dynastique continue de nos jours entre les différentes branches du royalisme français.

Liens externesModifier

  • [1]: Site consacré au Comte de Chambord
  • [2] : Site/résumé consacré à la période de la Restauration
  • [3] : Manifestes du Comte de Chambord
  • [4] : Histoire du Comte de Chambord
  • [5]: Lettre sur les ouvriers par Henri V comte de Chambord (20 Avril 1865)
  • [6] : Le château de Frohsdorf
  • [7] : Monument en hommage au Comte de Chambord édifié en 1889.
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