FANDOM


Prudence (Aurelius Prudentius Clemens) est un poète lyrique latin, né en 348 à Calagurris (auj. Calahorra). C'est l'« Horace[1] chrétien », l'un des plus grands poètes chrétiens de l'Antiquité. Certaines de ses hymnes ont été reprises dans la liturgie des heures.

Vie Modifier

Prudence compose ses poèmes après sa retraite d'une carrière menée sous l'empereur Théodose Ier[2] — il a 56 ans lorsqu'il commence à écrire (en 404) — d'après sa Praefatio, où il donne le programme de son œuvre. D'autres indications, moins précises, concernent sa carrière : après avoir gouverné deux villes importantes et y avoir rendu la justice, Prudence fut appelé à la cour de l'empereur, avec un rang de proximus. Ce qui concerne sa jeunesse, hormis le fait de la pratique du droit, est stéréotypé, peut-être sur le modèle du début des Confessions de saint Augustin.

Âgé de 14 ans au début de la réaction païenne de Julien l'Apostat, il a pu être concerné d'assez près par ses mesures contre les enseignants chrétiens. Il a probablement résidé à Milan durant l'épiscopat de saint Ambroise ; il a pu être témoin de ses luttes contre le dernier carré païen (affaire de l'autel de la Victoire en 383) et contre des hérétiques (entre 385 et 386, occupation de la basilique Porcienne revendiquée par l'impératrice-mère Justine[3]), ainsi que de la découverte des restes de saints Gervais et Protais (en 386) ou de la pénitence publique de Théodose Ier après le massacre de Thessalonique (en 390). Il meurt probablement avant la prise de Rome par Alaric Ier[4] (410).

Prudence conclut la Præfatio par l'affirmation de sa conversion et de son désir de plaire à Dieu, sinon par ses mérites, du moins grâce à ses poèmes, qu'il énumère en évoquant leur propos. On entrevoit dans le Cathemerinon la vie ascétique qu'il mène, avec la célébration des heures, l'observation de jeûnes et même un régime édénique fait de produits végétaux, de lait et de miel.

Œuvres Modifier

Comme Horace, Prudence a écrit une partie de son œuvre en hexamètres dactyliques[5], et plus de la moitié dans d'autres formes poétiques.

Les poèmes hexamétriques sont épigraphiques :

  • Dittochæon, tableaux de scènes bibliques, quatrains en hexamètres dactyliques,
  • Peristephanon 8, inscription pour un baptistère, en [6],

et didactiques :

  • Apotheosis, sur Dieu,
  • Hamartigenia, sur le péché originel,
  • Psychomachia, sur le combat de l'âme, et dans l'âme (entre Vices et Vertus personnifiés),
  • Contra Symmachum, contre les derniers païens.

Parmi les autres pièces, composées dans des mètres variés, on peut distinguer :

  • les hymnes, regroupées dans des recueils :
    • Cathemerinon, sur les heures, les circonstances de la vie, les fêtes,
    • Peristephanon, sur les martyrs,
  • les poèmes servant de cadre aux œuvres de Prudence
    • (Præfatio', Epilogus)
    • ou de préface à chacun des traités didactiques (præfationes, sans titre)
    • ou encore à l'ensemble de ces traités (Hymnus de Trinitate).

L'œuvre de Prudence est entièrement « chrétienne » : ses poèmes didactiques ont un contenu théologique et moral (Apotheosis : nature de Dieu - en particulier, doctrine de la Trinité ; Hamartigenia : origine du mal ; Psychomachia : combat de l'âme, et dans l'âme, de Vertus et de Vices personnifiés) ou polémique (Contra Symmachum : contre le paganisme) ; sa partie lyrique ou épigraphique est liée soit à la prière et à la liturgie (Cathemerinon : heures, circonstances de la vie chrétienne, fêtes du Seigneur ; Peristephanon : martyrs), soit à leur cadre (Dittochæon, ainsi que Peristephanon).

Cet éclectisme dans les sujets et dans les formes métriques, mettant les ressources de la poésie profane au service de la culture et de la pensée chrétiennes, évoque celui des premiers auteurs latins (Livius Andronicus[7], Nævius[8]), qui transposaient les divers genres littéraires grecs au domaine romain. Ce qu'il y a de singulier chez Prudence est l'organisation de ses poèmes variés en un ensemble structuré - tentative apparemment sans parallèle dans l'Antiquité. Prudence ne se limitait donc pas à donner une réponse concrète aux attaques dirigées par ceux qui voulaient, pour diverses raisons, dissocier le christianisme de la culture latine, mais, sur le plan littéraire même, il introduisait un concept nouveau.


Le Peristephanon Modifier

Le noyau primitif de ce recueil dédié aux martyrs comporte les 7 poèmes (passions) suivants, qui se répondent les uns les autres et donnent un choix de martyrs illustres et emblématiques, ou alors spécialement chers au poète :

A ces poèmes ont été ajouté d'autres hymnes consacrés à :

  • Saints Hémétère et Chélidoine, soldats martyrisés à Calahorra, patrie de Prudence (perist. 1)
  • Sainte Eulalie, vierge de Mérida en Hispanie (perist. 3)
  • Les 18 saints de Saragosse (perist. 4)
  • Saint Fructueux, évêque de Tarragone, et ses deux diacres Augure et Euloge (perist. 6)
  • Saint Quirin, évêque de Siscia (actuelle Croatie), enterré à Rome (perist. 7).

En outre, il y a un long poème en forme de quasi tragédie, consacré au diacre d'Antioche saint Romain (perist. 10) et une inscription pour un baptistère édifié sur le lieu où furent martyrisés saints Hémétère et Chélidoine (martyrs célébrés en perist. 1).

Sources Modifier

Prudence est un poète alexandrin, chez qui la tradition littéraire est omniprésente et en même temps sans cesse revisitée, déformée. Ses sources sont nombreuses.

Comme tout Romain lettré, Prudence connait par cœur Virgile (cette évolution perdure chez les chrétiens, qui voient dans la IVe Bucolique un texte prophétique) et compte également Horace parmi ses références. Horace est l’un des grands modèles de Prudence : on le voit avec la nature des mètres choisis, et la bipartition d'une œuvre entre poèmes hexamétriques et pièces lyriques de formes variées. On identifie nombre d'autres réminiscences lexicales ou thématiques d'auteurs profanes, notamment de poètes.

Prudence a pu fréquenter des poètes de cour tels Ausone[9] et Claudien[10] — avec lequel il polémique indirectement. Il a peut-être rencontré à Rome saint Paulin de Nole, auquel il rend hommage dans un catalogue de pèlerins. L’influence de ses contemporains fut surtout celle de saint Ambroise, qui lui fournit l'essentiel de ses thèmes et – par l'intermédiaire de l'évêque de Milan, puis de manière posthume, à Rome – du pape saint Damase Ier, auteur d'épigrammes[11] consacrées aux martyrs.

D'un autre ordre est l'inspiration biblique, très présente dans certains passages. Enfin, on constate que, conformément au goût des anciens, affleure ici et là le vocabulaire technique – qui, par sa singularité ou sa rareté, peut prendre une valeur poétique –, emprunté notamment au droit (que Prudence a pratiqué), à la critique littéraire, à la médecine et aux arts appliqués.

Réception (postérité) Modifier

Prudence aura une renommée considérable durant l'époque carolingienne : on étudie ses œuvres dans les monastères, on la commente. Les manuscrits conservés de Prudence sont très nombreux - seule la Bible est davantage copiée.



  1. Voir l'article Horace sur Wikipédia.
  2. Voir l'article Théodose Ier sur Wikipédia.
  3. Voir l'article Justine sur Wikipédia.
  4. Voir l'article Alaric Ier sur Wikipédia.
  5. Voir l'article hexamètres dactyliques sur Wikipédia.
  6. Voir l'article distiques élégiaques distiques élégiaques sur Wikipédia.
  7. Voir l'article Livius Andronicus sur Wikipédia.
  8. Voir l'article Nævius sur Wikipédia.
  9. Voir l'article Ausone sur Wikipédia.
  10. Voir l'article Claudien sur Wikipédia.
  11. Voir l'article épigrammes sur Wikipédia.
Sauf mention contraire, le contenu de la communauté est disponible sous licence CC-BY-SA .